Moi, Président ?

Moi président !

Drôle d'expérience ce week-end !  J'ai été invité par la Mairie d'Orléans, en la personne de Aude de Quatrebarbes à présider le 58e concours de roses au sein du jardin botanique.

Tout président doit savoir improviser un discours...  Tout président doit savoir improviser un discours... 

Moi président ? Pour des roses ? Je n'ai pas un amour immodéré pour les ROSES ( vous savez, les plantes juste illustrées par un gros plan de fleurs sur les catalogues). Si les fleurs sont souvent très belles, la plante l'est toujours beaucoup moins, demandant des tonnes de soins particuliers. Ce sont des fleurs diaboliques qui envoûtent et asservissent les jardiniers, les éloignant de la générosité de la nature pour les enfermer dans une logique infernale qui les entraîne à travailler sans relâche ou à utiliser des produits phytosanitaires pour produire de fleurs "de rêve" au détriment de l'environnement  naturel du jardin.  Je leur préfère nettement  et axe mes recherches sur les bons ROSIERS, c'est-à-dire  ceux qui se comportent comme de vrais arbustes au jardin, avec une floraison attrayante, un feuillage sain, des couleurs d'automne et des fruits, le must pour moi étant un comportement drageonnant, ce qui lui permet vraiment de se naturaliser.  Mais je conçois que beaucoup les aiment et veuillent les cultiver. Ce sont les mêmes qui me demandent des tas de conseils pour combattre les maladies ou comment tailler leurs protégées...

Celui-là était pas mal, sympa, bas, avec un feuillage sain...   mais il n'a pas été retenu ! Celui-là était pas mal, sympa, bas, avec un feuillage sain... mais il n'a pas été retenu !

Un discours , donc ?  Oui... Improvisé ! J'en profite donc pour apporter cette nuance rose-rosier et remarque instantanément les grimaces de certains obtenteurs et rosiculteurs présents dans l'assemblée. Je ne vais pas renier mes convictions parce que je suis derrière le micro :  j'ose un avis franc et me permet de conseiller les chercheurs concernés par cette fleur "préférée des français" de s'adapter à l'évolution du monde du jardin  pour orienter leurs sélections un peu plus vers les rosiers et un peu moins vers le roses..; sauf bien évidemment dans le domaine de la fleur coupée... Quelques amateurs approuvent.. mais toujours des regards éberlués..... Je conclue en recommandant une grande fermeté et sévérité pour juger des qualités de la cinquantaine de rosiers présentés. Il ne doit émerger que les meilleurs, notre rôle étant de guider le choix des amateurs...

Inclus dans l'un des jurys piloté par Francia Thauvin avec qui je m'entends tout de suite très bien, en compagnie de Pierre Nessman qui apporte son regard de paysagiste, ainsi que d'un entrepreneur paysagiste qui juge vite le côté "pratique" des rosiers, nous appliquons à la lettre cette recommandation que visiblement nous partageons.

Le système de notations distingue :

-la végétation du rosier

-la qualité de la fleur (forme, couleur, nombre de fleurs,  remontance)

-le parfum

 Ayant lieu en septembre, ce concours remarque particulièrement les rosiers remontant et plusieurs variétés sont immédiatement descendues car dépourvues de fleurs. Les rosiers sont en fin de 2e année de culture . Ils ont déjà été notés l'an dernier ce qui assure une certaine "vision" de la qualité la végétation. Ils ont été peu traités, mais on note quand même des traces bleues de bouillie bordelaise. 

La plantation par 5 par carré d'un mètre de côté ne favorise pas l'épanouissement naturel des rosiers et surtout pas l'arcure des branches des plus vigoureux. Par ailleurs la taille plutôt sévère , type "roses à massifs" encourage une végétation raide qui convient aux traditionnels rosiers "polyantas" ou "floribundas", mais pas vraiment à ceux dotés d'une végétation arbustive. 

1 seul rosier trouve grâce à mes yeux (!!)  1 sur 50 semble posséder les qualités elle caractère d'un rosier "naturel". Fleurs simples en bouquet à l'extrémité de longues tiges raides ('dues à la taille sévère), ambres en bouton, puis jaune doux, qui pâlit progressivement pour devenir crème presque blanc... On pourrait le qualifier de "Ghislaine de Féligonde" simple. Le feuillage aussi est beau, sain, clair et mat. Parfait pour un arbuste.  (c'était le N° 30)

Pour les autres ? Oui, deux ou trois sympas, mais à mon avis (je n'engage que moi!!!) pas différents de ce que l'on connait déjà depuis longtemps. J'ai l'impression de reconnaître 'Mme A. Meilland', 'La Sevillana' ou 'Rose Gaujard' et 'Sylvie Vartan'... Bref : retour aux année 70... Tendance très "Vintage" !!! Je crois rêver ! Où sont les innovations ?  Est-ce la le reflet de ce que l'on va trouver sur les catalogues prochainement ? Bof, bof, bof...

Pas vilain, mais pas très original, non ?  Pas vilain, mais pas très original, non ?  Vous voulez du flashy ? Envoi là !  Vous voulez du flashy ? Envoi là ! 

Après une heure trente de jugement, on rend la copie et c'est l'heure des comptes. Les chiffres vont parler...

ET ils parlent : A 19h, j'ai  la primeurs des résultats.... (privilège du président !). Ils sont serrés ! A bon ? Ouf, mon chouchou est là... mais il est surpassé par d'autres ... quoi ? On a trouvé mieux ?

Oui ! et notamment le 1er rosier qui se voit attribuer le prix de la ville d'Orléans ( aucun n' attente la somme qui lui permet d'être qualifiée de "rose d'Or"). Bon !. 4/100e le séparent seulement du "mien", mais bon... Il ressemble comme deux gouttes d'eau aux rosiers stars des années 70 ! Certes, il a une belle végétation, régulière, saine ( en apparence), et de nombreuses fleurs en bouquets d'un rouge cardinal un peu foncé... Bof, bof, bof...

Donc pas d'innovation. Je le déplore. Les rosiers français n'évoluent donc pas ? Le prix du public le confirme : un bon rosier classique à fleur crème rosé, solitaire au sommet d'une tige si raide qu'elle semble avoir englobé un tuteur.. Je m'incline, le public a décidé...

Ça ressemble beaucoup aux roses anglaises d'Austin ? Non ?  Ça ressemble beaucoup aux roses anglaises d'Austin ? Non ? 

Je dois relativiser. J'ai l'habitude des jurys ( Mérites de Courson/Chantilly, La Feuillerie (B), Bingerden (NL)), et je sais que l'avis personnel compte peu. Je réalise que ce que j'ai vu ici de l'avenir des rosiers français est plutôt rétrograde ou de culture conservatrice. Certes, tous les hybrideurs ne soumettent pas leurs rosiers ici, certes, ce n'est qu'un concours parmi tous les autres, mais les roses primées auront le label "primé à Orléans"...

Je n'ai pas de doutes sur la ferveur et la passion des obtenteurs. J'ai diné aux côtés de Michel Adam, triple lauréat,  qui est un érudit et passionné des roses , un pépiniériste très talentueux comme il n'en n'existe plus beaucoup. J'ai rencontré beaucoup d'héritiers de lignées de grandes pépinières ( enfin ceux qui on daigné me parler...) et je sais qu'ils engagent tous des moyens importants pour la recherche de nouvelles variétés. Mais a trop hybrider les hybrides, on n'innove plus. En utilisant les ressources très vastes offertes par le monde des rosiers "botaniques", il y aurait vraiment matière à innover. Oubliez la mythique rose bleue, mais cherchez plutôt un rosier à feuilles bleus, à feuilles pourpres ou abricot ? Un rosiers à fruits jaunes ? Un rosier qui fleurit au long des branches souples comme un weigela, un rosier qu'on ne taille pas... Un rosier qu'on ne greffe pas, un rosier qui supporte le terres très humides, un autre qui pousse dans le cailloux et fleurit sans arrosage... Des espèces sont adaptées à ces conditions extrêmes. Il suffit de les "améliorer"...

Intéressantes, les étamines rouges, mais pas assez florifère ce rosier... Une bonne piste quand même ?  Intéressantes, les étamines rouges, mais pas assez florifère ce rosier... Une bonne piste quand même ? 

A quoi bon aujourd'hui diffuser des roses "Nouvelles" qui n'ont de nouveau que leur nom ? Le problème n'est hélas pas circonscrit aux roses. Il est identique chez les hémérocalles, les pivoines, les iris , ou encercles rhododendrons, les érables japonais ou les hydrangéas...

Alors , moi président, j'aimerais des diplômes pour des roses que je ne cultiverai jamais de ma vie, que je n'aurais sûrement pas sélectionné. Mais moi président, j'ai respecté les goûts et les opinions qui n'étaient pas les miens.

 Après tout, tous les goûts sont dans la nature et donc, dans nos jardins...

Merci à mon épouse qui a pris toutes ces photos.

Vous trouverez le compte-rendu détaillé, toutes les roses présentées et les heureuses élues sur l'excellent blog de Patrick Laforêt : http://jardinoscope.canalblog.com/archives/2016/09/11/34307239.html

6 Commentaires

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Isabelle il y a 11 mois et 15 jours

Bonjour Didier,

« Didier à un concours de rose » : j’ai d’abord cru à un gag !
Je pense que tu aurais eu un avis probablement moins négatif si tu étais venu au Roeulx plutôt qu’à Orléans. D’abord parce que tu aurais eu plus de choix (près de trois fois plus). Tu n’aurais pas vu de trace de bouillie bordelaise car c’est l’un des seuls jardins concours où les roses ne sont pas traitées.
Je pense que tu apprécierais les coins laissés pour attirer les butineurs.
Tu reproches aux hybrideurs le manque d’innovation dans leurs créations. C’est vrai qu’il y en a peu et au Roeulx, on attribue justement des points supplémentaires à ces roses nouvelles.
Tu aimerais qu’ils travaillent plus à partir des rosiers botaniques en les améliorant mais ça se fait déjà. Martin Vissers a notamment été primé pour un rosier de type botanique lors de cette édition.
Et mon ami australien, Warren Millington, est en train d’hybrider à partir de R. virginiana, tunquinensis et autres rosiers botaniques. On pense à toi, tu vois !
Je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que les rosiers, c’est beaucoup de travail. Pour ce qui est de la taille, un détail comme dirait mon ami des Fagnes, c’est un peu de travail et uniquement en mars. Les traitements phytos ne sont pas nécessaires. Je les ai bannis du jardin il y a quelques années et mes rosiers se portent bien. Il est vrai que je ne suis pas maniaque et que je ne m’offusque pas à la première tache noire.
Maintenant, je comprends ton point de vue de considérer le rosier en tant qu’arbuste mais moi, je fais partie de ceux et celles qui sont capables, même devant un rosier malingre, de rester émerveillée devant une fleur somptueuse. Essayez donc de ne pas craquer devant Dainty Bess…
En tout cas, tu ne m’enlèveras pas que la Rose reste la Reine des Fleurs incontestée… dans mon monde ! :D

Didier Willery il y a 11 mois et 15 jours

Merci isabelle pour ton commentaire. Je suis heureux de constater que des obtenteurs vont dans le sens qui me semble le plus pertinent aujourd'hui. Je ne les connais pas bien puisque ce monde là m'est plutôt étranger. Je n'ai pas encore considéré les roses de Warren tant que je n'en n'ai pas essayées. Je me méfie juste des hybridations faites dans l'autre hémisphère, car climats et sols très différents. D'autres comme toi ou David vont certainement les essayer sans à priori et découvrir de petites merveilles. Tant mieux !
J'ai écrit par rapport à cette expérience du week end à Orléans et aux personnalités devant lesquelles je me suis retrouvé, beaucoup incarnant le goût des roses des années 70, avec peu de vision sur l'avenir des roses, et encore moins des jardins. Evidemment, toute généralisation est dangereuse. Mais je suis aussi très ouvert et c'est la raison pour laquelle tu as pu publier ton premier livre chez Ulmer. Je comprends très bien et accepte volontiers que l'on soit "fada" des roses, et des roses seulement. EtT tu est très cohérente par rapport à cela, même si cela ne fait qu'une année que tu as abandonné ton pulvérisateur. Je pense avant tout aux milliers (millions?) de jardiniers qui achètent des roses sur catalogue ou dans les jardineries et qui, parce qu'elles ont eu telle ou telle récompense, pensent que ce sont effectivement de bons rosiers. Je rencontre une multitude de jardiniers déçus par des promesses non tenues, et beaucoup, combatifs, qui sont prêts à écouter les conseils des vendeurs et traitent dare dare pour éviter la moindre tâche noire... Nous sommes dans le même bateau, ma chère isabelle. Toi tu adores les roses, moi je préfère les bon rosiers, mais tous, nous cherchons à rendre les jardins à la fois plus beaux et plus naturels, qu'ils participent à l'épanouissement de chacun, mais sans porter atteinte à l'environnement de tous...

David il y a 11 mois et 15 jours

Bonjour Didier.
Merci pour ta franchise et ton franc parlé.
La loi du marché et des attentes des consommacteurs est encore forte dans ce marché de la rose mais effectivement les nouvelles pistes existent et le retour aux sources botaniques est déjà en cours chez des rosieristes passionnés mais ce n'est jamais dans ce style de concours (qui a le mérite d'exister ) qu'ils seront mis en valeur.
Oui les fruits jaunes, les feuilles bleues, l'intérêt automnal, le bois rouge inerme, drageonnant et sans entretien existe ... si si... mais une seule façon de les découvrir et les apprivoiser ... leur porter un autre regard loin des stéréotypes.
Belle semaine et merci pour ce post.

Catherine D il y a 11 mois et 14 jours

Bonjour Didier, j'ai lu votre article avec le sourire... et puis j'ai réfléchi. Vous ne vous êtes pas fait que des amis, on dirait ?
Je ne suis pas une spécialiste de roses, et elles ont du mal chez moi, sauf certaines. et je n'aimais pas trop les roses (enfin les rosiers) jusqu'à il y a quelques années.
Vous avez eu raison de dire ce que vous pensez, mais mettez-vous à la place des obtenteurs. Ils produisent ce qu'on leur demande, et il en faut pour tous les goûts. Et pour former les goûts il y a du boulot. (un peu de snobisme ?)
Et quand je vois les rosiers vendus par LIDL sans nom, qui ne sont que des "vols" de rosiers de marque protégés, je suis affligée, ces rosiers sont reproduits dans quels pays et par qui ?
Ne leur tirons pas une balle dans le pied. Il en faut pour tous les goûts.
Ceci dit vous devez connaitre le jardin et le livre de Patrick Masure, pas loin d'Orléans justement ? Côté cynorhodons, il doit y avoir de la matière en ce moment...
Positivons !

JPA il y a 11 mois et 14 jours

Bonjour,

Je suis un grand amateur de roses (un peu 'rosomane' même) et je ne pense pas que les rosiers rendent le jardinier esclave. Certes, il sont plus ou moins généreux mais ils se montrent souvent plus résistants aux conditions extrêmes(chaleur et sécheresse) que nombre d'arbustes et de vivaces et réclament au final moins de soins que le potager et comme le dit Isabelle une seule belle rose est capable d'émerveiller. Il y a, c'est vrai, trop de nouveautés dont beaucoup sont décevantes. Ma quête du graal en matière de rosier est longue mais passionnante: trouver des variétés solides, saines sans traitement et florifères en sol maigre et sous un climat chaud et sec en été. Line Renaud, The Fairy, Robin Hood, Sally Holmes, Rush et d'autres que je découvre peu à peu en font partie. Le rosier doit pouvoir s'acclimater à son environnement et non l'inverse, un aspect qui n'est jamais abordé par les obtenteurs ce qui explique bien des échecs.

jardin des mille temps il y a 11 mois et 14 jours

Bonjour Monsieur Willery,
Nous nous sommes croisés au concours de Roses d'Orléans, où j'ai écouté avec beaucoup d'intérêt votre conférence.
Ne soyez pas trop dur avec les roses et les rosiers.
Dans mon jardin de l'orléanais ils y ont une place de choix (je suis "dingue" de roses). Ils ne sont jamais "traités"(j'ai abandonné l'unique pulvérisation annuelle à la bouillie bordelaise il y a au moins trois ans), ni arrosés (même en ce moment après deux mois de sécheresse et des températures dignes de Marseille), ni dopés aux engrais. Et pourtant ils fleurissent!!!
Certe il y a les rosiers botaniques très intéressants par leur résistance, les hybrides de rugosa (Roseraie de l'Hay que vous aviez cité dans votre conférence), les hybrides de pimprenelle mais j'en ai encore très (trop)peu de tous ceux là. Personnellement j'utilise avec bonheur les polyantha orléanais créés au début du XX siècle. Ces polyantha sont épatants car beaucoup sont très sains, très beaux, peuvent être sofistiqués et surtout fleurissent sans qu'on s'en occupe. Connaissez-vous "la Marne"?, "Mme Arthur Robichon"?, "Mme Taft", "Radium", "Mlle Marcelle Gauguin"? J'arrête là mon énumération...
Quand aux obtenteurs actuels laissez leurs le temps, lorsque les "consommateurs" de jardin changeront, ils créront les rosiers dont vous rêvez.
Mais il y a une telle attente autour de la rose, personne ne demande à une pivoine ou à une marguerite de fleurir sans arrêt mais à un rosier si... C'est déraisonnable...
Je crois que les mentalités vont évoluer sous l'impulsion de gens comme vous, ce n'est qu'une question de temps. Beaucoup de gens dans l'ombre cultivent déjà avec des pratiques sans pesticides, engrais ni fongicides et certains professionnels le font depuis des années (votre chef de groupe du concours d'orléans et rosiériste de profession par exemple)...
bonne soirée à vous
Bénédicte